La question posée est simple : je suis jeune diplômé à la recherche d'un emploi ; Internet peut-il m'aider à le trouver ? La réponse est « oui ». On pourrait donc clore l'article ici et passer à autre chose. En vérité, on perçoit bien que la véritable question n'est pas de savoir si Internet est utile à la recherche d'emploi ; il serait désespérant qu'un réseau donnant accès aux informations enregistrées dans des centaines de milliers d'ordinateurs, et arpenté en tous sens par des millions d'usagers de toutes professions, de tous âges et de toutes cultures, n'ait pas plus d'utilité qu'une pelle à tarte. Non, il s'agit plutôt de déterminer de quelles manières la recherche d'un emploi peut tirer profit au maximum des ressources multiples de ce réseau. En abordant la question sous cet angle, il est évident que la réponse ne peut pas être aussi péremptoire que le « oui » lapidaire lancé plus haut. Internet est effectivement utile à la recherche d'emploi, mais à trois conditions : la première, c'est d'acquérir une maîtrise suffisante de l'outil pour accéder efficacement aux informations et aux contacts nécessaires. La seconde, c'est de ne pas considérer cet outil comme une panacée et d'avoir une conscience claire de ses avantages, mais aussi de ses limites. La troisième, enfin, c'est de conserver à l'esprit que les offres d'emploi disponibles sur Internet comme ailleurs ne constituent qu'une petite partie du marché réel de l'emploi, dont beaucoup d'opportunités ne sont jamais publiées. Aussi serait-il illusoire de croire qu'Internet permet d'établir une relation directe de demandeur d'emploi à employeur : les intermédiaires entre l'offre et la demande d'emploi conservent leur pleine utilité, notamment les agences pour l'emploi et les services emplois-carrières des universités.
L'humilité
Il est une chose que l'on apprend très vite en se plongeant dans Internet : c'est l'humilité. Il suffit en effet de deux ou trois explorations rapides pour que le néphyte passe de l'ivresse des profondeurs (Internet, c'est toute l'humanité à portée de clavier) à un sentiment extrême de découragement face à une telle masse d'informations (plus le temps passe, plus ce sera en effet presque toute l'humanité à portée de clavier). Procédons à un petit exercice de mise en situation : pour tester la capacité du réseau en matière d'assistance à la recherche d'emploi, nous nous connectons à un moteur de recherche réputé. Là, nous avons à notre disposition une zone de texte dans laquelle nous devons taper des mots-clés significatifs. Quoi de plus simple ? C'est parti : on tape le mot "jobs". Le 24 juillet dernier, on obtenait 1.271.020 réponses par Alta Vista, 1.250.746 réponses par InfoSeek, 641.029 réponses par HotBot (dont la première, jugée pertinente à 99% par le logiciel de recherche, relevait d'un tout autre domaine que celui de l'emploi : c'est le problème des mots à double sens...). La leçon étant suffisante, la deuxième tentative est effectuée selon une autre tactique : au lieu de taper "jobs", on tape "jobs + physics + R&D + UK", espérant que cela revient à dire "emplois en recherche et développement pour un physicien au Royaume-Uni" : 3.000 réponses par Alta Vista, 85 par InfoSeek, 9.761 par HotBot (cette fois, la première réponse de la liste est vraiment pertinente).
Trouver le plus court chemin
La démonstration est suffisamment claire : la première difficulté majeure à laquelle est confrontée tout usager d'Internet, quel que soit son domaine d'intérêt, consiste à trouver le plus court chemin jusqu'à l'information dont il a besoin. Même si l'on ne consacrait que 2 minutes – ce qui est très optimiste – à explorer chacun des 85 sites ou documents proposés par InfoSeek, cela prendrait malgré tout près de trois heures !
Pour contourner cette difficulté, le plus simple est encore de recourir à la méthode et au bon sens. De quoi a-t-on besoin ? D'accéder aux opportunités d'emploi, de rassembler de la documentation sur le secteur dans lequel on veut exercer et le plus d'informations précises sur les employeurs que l'on pourrait contacter par candidature spontanée, de se faire aider le cas échéant dans la réflexion sur son projet professionnel et les techniques de recherche d'emploi, de ne pas rester isolé et de tirer profit de l'expérience d'autres demandeurs d'emploi... Or tout ceci peut se faire sans Internet : les offres d'emploi sont publiées dans la presse, les centres de documentation regorgent d'annuaires et de brochures, il existe des agences nationales pour l'emploi, les universités sont dotées de services spécialisés dans l'insertion professionnelle de leurs jeunes diplômés et, jusqu'à preuve du contraire, il ne manque pas d'associations d'étudiants et d'anciens élèves qui, elles aussi, se préoccupent d'emploi. Très franchement, Internet n'a vraiment rien d'indispensable ! Au fond, le principal service qu'il rend, c'est qu'il facilite l'accès à des informations incroyablement dispersées – à condition de savoir ce que l'on cherche. Mais il serait réellement handicapant de ne se servir que d'Internet pour chercher son emploi.
C'est d'autant plus vrai que le développement des services sur le réseau n'est pas homogène dans tous les pays. Prenons la France : il est de notoriété publique qu'elle est très en retard sur Internet. Or ce retard se manifeste de manière criante dans le domaine de l'emploi, puisqu'aucun des deux organismes nationaux d'aide à l'emploi n'a encore ouvert de serveur. Ces deux absences de taille suffisent à reléguer Internet dans un rôle très secondaire d'assistance à la recherche d'emploi en France, sauf exception dans tel ou tel domaine très particulier. Les informations et les organismes essentiels n'y sont pas, un point c'est tout.
Un premier territoire de chasse
D'une manière générale, donc, mieux vaut commencer sa recherche d'emploi sur Internet en tentant d'y reconstituer ce qui existe par ailleurs : trouver les serveurs des organismes d'aide à l'emploi, noter ceux des principaux journaux qui publient les offres d'emploi. C'est à partir de ce premier "territoire de chasse" que l'on pourra encore mieux préciser peu à peu le cercle de ses investigations.
Il faut en effet compter sur ce qui fait la puissance même de l'information dispensée sur le réseau : le lien vers une information similaire. On l'a vu : toute la difficulté consiste dans un premier temps à trouver un fil que l'on pourra tirer. Mais dès que l'on a attrapé ce fil, le reste suit généralement sans problème. Pourquoi ? Parce que chaque site s'attache à référencer quelques autres serveurs qui peuvent compléter l'information qu'il dispense. Admettons que vous soyez étudiant à l'Ecole Polytechnique Fédérale de Zürich. Le premier site Internet que vous visiterez pour votre recherche d'emploi sera probablement celui de l'association des étudiants de cette école, Téléjob. Or celui-ci, outre les offres d'emploi, vous recommande une trentaine d'autres serveurs consacrés à l'emploi. En quelques clics de souris, vous aurez ainsi repéré deux ou trois serveurs particulièrement adaptés à votre recherche d'emploi, lesquels vous proposeront eux aussi d'autres serveurs. Il n'est donc pas nécessaire de débuter sa recherche en se mettant en tête de trouver le plus gros serveur d'offres d'emploi. Dans la pratique, il est bien plus efficace et rapide de commencer par se connecter à un site de proximité – par exemple celui fourni par le service emploi-carrières de son université –, et de s'en servir comme point de départ.
La qualité de l'information
Cette méthode présente en outre un avantage considérable, dont l'internaute débutant ne prendra conscience qu'au bout de quelque temps : les sites d'aide à l'emploi maintenus par les professionnels de l'aide à l'emploi contiennent une information rigoureusement sélectionnée et vérifiée. Pourquoi cette remarque ? Parce que la pléthore d'informations disponibles sur le réseau n'est franchement pas d'une qualité égale. Sans même s'attarder sur les "arnaques", malheureusement aussi présentes sur Internet qu'ailleurs, il est un phénomène qui contribue à brouiller très fortement la clarté des informations : c'est celui de la solidarité. Explications : la communauté des internautes est sympathique et, dans un grand élan d'entraide et de solidarité, s'attache à signaler et à rediffuser de nombreuses informations. Toutefois, ce "téléphone arabe" peut avoir de fâcheuses conséquences dans le domaine de la recherche d'emploi. De nombreuses offres d'emploi circulent, se retrouvent sur des serveurs différents, dans des listes de diffusion, dans des forums, à tel point que l'on finit par ne plus savoir d'où elles viennent exactement. Si ces rediffusions étaient faites de manière rigoureuse, cela ne constituerait pas trop un problème ; mais ce n'est pas le cas, et des informations importantes se perdent souvent en route. Accéder à de nombreuses offres d'emploi, c'est bien. Mais ne pas savoir que telle offre est obsolète depuis un mois, c'est embêtant. Ceci constitue la deuxième grosse difficulté de toute recherche d'information sur Internet : parvenir aux informations de première main.
La connaissance et la compétence des professionnels
Pour cela, il est hautement souhaitable de s'appuyer sur la connaissance et la compétence des professionnels de l'aide à l'emploi. C'est la raison pour laquelle prendre leurs serveurs comme point de départ permet d'économiser beaucoup de temps et d'énergie : ils y ont déjà effectué tout ce travail d'identification, de vérification, de validation des informations disponibles sur le réseau. Et ils le mettent à jour, ce qu'un individu isolé ne peut pas faire, à moins d'y consacrer tout son temps.
Il convient également de ne pas se laisser abuser par la technique. Le demandeur d'emploi sera fatalement alléché par la possibilité qui lui sera offerte de déposer son curriculum vitae dans des banques de CV. Rendez-vous compte : mon CV à la portée de centaines d'employeurs ! Techniquement, en effet, c'est possible. Rien de plus simple que de proposer une banque de CV interrogeable par mots-clés et de tels services sont légions sur Internet. Le seul petit problème, c'est que les employeurs n'ont que marginalement besoin de ces banques de CV, dont les promoteurs se gardent bien, généralement, de préciser les taux de performance. En fait, le seul cas où l'employeur est susceptible de recourir à la banque de CV, c'est lorsqu'il recherche un profil extrêmement précis, une expertise particulière, voire rare, qu'il aura du mal à trouver en comptant sur ses sources d'approvisionnement classiques (l'offre d'emploi, les candidatures spontanées, les réseaux relationnels). Or, par définition, les jeunes diplômés ont des profils encore très standardisés. Aussi la banque de CV n'apparaît-elle pas comme l'outil idéal de recherche d'un premier emploi. Elle est plus adaptée au professionnel confirmé qui cherche une nouvelle situation, en le rendant effectivement plus visible des cabinets de chasseurs de têtes.
Faciliter une recherche active
De toute façon, l'attente passive est d'un très faible rendement en matière de recherche d'emploi. A cet égard, Internet fournit toutes les facilités pour une recherche active du contact. Les entreprises, les cabinets de recrutement, les consultants utilisent très largement le réseau pour y vanter leurs activités à des fins commerciales. La consultation de telles informations n'est pas dénuée d'intérêt. Certains serveurs d'entreprises sont extrêmement riches et permettent d'obtenir des informations précieuses sur leurs activités, leur organisation, leurs implantations, leurs objectifs. Il est évident qu'une candidature spontanée en retirera une argumentation plus solide. Mieux encore : il est des entreprises qui se mettent véritablement en quatre pour faciliter l'établissement d'un premier contact avec les demandeurs d'emploi, allant jusqu'à proposer des rubriques entières consacrées à leurs métiers et au recrutement. De la même manière, les serveurs des cabinets de recrutement, outre qu'ils incitent souvent le candidat à laisser une trace de sa visite, permettent de mieux comprendre leur rôle et les techniques qu'ils utilisent pour la sélection des candidats. La fréquentation des forums spécialisés (newsgroups), véritables "clubs" de professionnels, est précieuse pour repérer des personnes précises à qui l'on peut demander conseil.
A mon avis, il est illusoire de croire qu'Internet peut supprimer les intermédiaires en établissant une relation directe de chercheur d'emploi à employeur. En réalité, c'est tout le contraire qui se produit : les intermédiaires sont de plus en plus indispensables sur le réseau. Dans le domaine de la recherche d'emploi, les intermédiaires sont les professionnels de l'aide à l'emploi. Ce sont eux qui sont les plus compétents et les mieux outillés pour repérer et signaler, parmi la masse énorme d'informations de qualité inégale, celles qui sont les plus utiles et les plus pertinentes.
Nous ne saurions donc jamais trop conseiller aux demandeurs d'emploi de continuer à faire confiance à ces intermédiaires, qu'ils soient les agences nationales pour l'emploi, les conseillers à l'emploi dans les universités ou les cellules emploi mises en place par des sociétés savantes ou des associations. D'autant que même si l'on est un internaute chevronné, l'obtention d'un emploi passe par bien des étapes qui n'ont rien de virtuel : le bilan professionnel, la rédaction du curriculum vitae et de la lettre de candidature, l'entretien d'embauche sont des phases essentielles que l'on réussit d'autant mieux que l'on a déjà suivi une session de préparation à la recherche d'emploi et que l'on continue à rencontrer régulièrement une personne capable d'aider à faire le point et à dégager de nouvelles pistes d'exploration. Enfin, il est essentiel d'avoir à l'esprit que, sur Internet comme ailleurs, les offres d'emploi auxquelles on peut accéder ne sont qu'une partie du marché de l'emploi. De nombreuses opportunités ne sont jamais publiées, mais circulent par de complexes réseaux relationnels. C'est ce que l'on appelle le « marché caché » de l'emploi, dont l'importance est loin d'être négligeable. En se laissant griser par la facilité d'accès aux offres d'emploi sur Internet, le risque est réel de délaisser la recherche active d'autres types d'informations et de contacts, capables de mener jusqu'à ce marché caché de l'emploi.
On ne citera qu'une seule source d'information sur la recherche d'emploi sur Internet : The Riley Guide. Ce guide des opportunités d'emploi sur Internet est le plus ancien et, à notre avis, toujours le plus complet et pertinent.
René-Luc Bénichou
René-Luc Bénichou est responsable de l'information et de la communication à l'Association Bernard Gregory (ABG). Créée en 1980, l'ABG est une association française à but non lucratif qui a pour mission d'aider à l'insertion professionnelle en entreprise des jeunes scientifiques formés par la recherche de niveau doctoral et post-doctoral. Elle développe et maintient des services d'aide à l'emploi sur Internet depuis 1992. Pour plus d'information : http://abg.grenet.fr/abg
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Cet article m'a été commandé par le Forum européen de l'emploi académique, FEDORA, une association regroupant les conseillers d'orientation d'universités européennes.
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