Bonjour à toutes et à tous,
Nous vous avions promis, le mois dernier, une collaboration à base électorale avec le magazine "Courrier International"... le numéro spécial prévu à cette occasion existe, il a été communiqué aux personnes chargées de la diffusion, mais n'est jamais apparu, cependant, sur nos écrans. Nous le regrettons tous vivement et vous présentons, en notre nom, les excuses des responsables.
Il ne reste qu'à espérer que pareille mésaventure ne se reproduira pas avec le numéro spécial qu'il était en principe prévu de diffuser après le second tour...
Par ailleurs, suite à l'article du numéro 4 (mois d'avril) sur les réseaux et la francophonie, une lectrice nous a envoyé sa réaction, que nous trouvons intéressant de reproduire ici (sans signes diacritiques!) :
[...] Je pense qu'il etait utile de soulever le probleme de la presence de la langue francaise sur l'Internet et surtout celui des signes dits diacritiques. J'ai ete particulierement choquee par la reaction de la personne du MCF qui disait se "foutre royalement de ceux qui ne peuvent pas les lire...Ils se demerdent". Il faudrait peut-etre savoir ce que cherche le ministere!
[...] Travaillant aux Etats-Unis, je n'ai pas de console capable de lire les accents et autres cedilles. Resultat : les pages ecrites en francais soit-disant correct me sont illisibles. Donc, je n'essaie meme plus de dechiffrer ce genre de page, compte tenu de la perte de temps et de l'aspect desagreable de la chose. Je ne lis donc plus que les pages ecrites en anglais et la presence du francais sur le reseau m'est completement inutile! Bien joue!
Tout l'interet de l'Internet n'est-il pas de faciliter la communication et de permettre ainsi les echanges? Un comportement du genre de celui de cette personne du ministere ne risque-t-il pas d'isoler encore un peu plus les francophones?
[...]
Magali Zabiego
<magali@elvis.neep.wisc.edu>
Et voici maintenant, très fidèlement reproduite, la réponse de l'officiel du ministère, à qui nous avions directement communiqué ce courrier :
Nous avons eu ce débat au ministère il y a maintenant deux ans (et au niveau du cabinet). Nous respectons fidèlement les RFCs Internet MIME, sendmail 8 bits, codage de l'ISO 8559-1 dans HTML. Ma position est peut-être exprimée en langage peu diplomatique, mais c'est la position officielle du Ministre (telle qu'exprimée dans differentes Interview).
<ministre@culture.fr>
Un souci d'honnêteté intellectuelle nous fait ici remarquer que, s'il est certes pratique pour certains de respecter les RFCs MIME, SMTP 8bits et ISO 8559-1 dans HTML, aucun de ces RFCs, en revanche, n'est officiellement en cours sur l'Internet, comme le spécifie le RFC 1780 datant de mars 1995, "INTERNET OFFICIAL PROTOCOL STANDARDS", qui indique (ainsi que son nom le laisse deviner) les protocoles officiels. Autrement dit, ceux qui les utilisent le font à leurs risques et périls, dans la mesure où ils peuvent très bien ne pas être compris de leur interlocuteur (quoique c'est généralement ce dernier qui est finalement le plus gêné des deux). Enfin, les normes officielles de l'Internet sont toutes des RFCs, mais le contraire n'est pas vrai : tous les RFCs ne sont pas des normes officielles.
Chacun ne manquera pas d'en penser ce qu'il veut... Contentons- nous, en ce qui nous concerne directement, de rappeler ici que la mission scientifique et technique de l'Ambassade de France à Washington, grâce au réseau de laquelle nous émettons mensuellement Frogmag, ne peut en rien être tenue pour responsable des propos diffusés dans notre magazine par son intermédiaire...
Nous vous laissons maintenant découvrir les articles du mois, en espérant que vous apprécierez les textes liés à l'actualité. Notez également l'ouverture d'un nouveau site-miroir sur WWW qui permettra à certains d'entre vous de mieux feuilleter Frogmag en toute tranquillité. A cet égard, nous vous rappelons que si vous disposez d'une imprimante, vous pouvez imprimer le document WWW que constitue le magazine (demander le format PostScript). Vous obtiendrez alors un document "papier" d'un confort de lecture équivalent à celui d'un hebdomadaire d'informations.
Bonne lecture, à bientôt.
Pour la rédaction de Frogmag,
Catherine Dhaussy
(Jérôme Thorel)
Chers lecteurs résidant hors de France, vous n'imaginez sans doute pas votre chance de n'avoir pas été présents dans l'hexagone pendant cette période électorale. Les sondages politiques ne représentent, certes, que 10% du chiffre d'affaires des instituts spécialisés ; cependant, leur médiatisation à outrance, leurs résultats aléatoires et les commentaires qu'ils déclenchent les instaurent en une véritable dictature de société. Voici quelques éléments de réflexion d'un citoyen intoxiqué.
Front commun pour un bourrage de crâne
Il n'est pas facile de trouver des organes critiques à la diffusion, à l'exploitation et à la réalisation des sondages. Il y a en effet beaucoup de juges et parties.
1/ Média et éditorialistes.
En période électorale, le citoyen a de quoi être satisfait de son abonnement au "Canard Enchaîné". C'est le seul confrère – influent, de par son tirage : plus d'un demi million d'exemplaires – à ne pas participer au festin. D'autres ont plus de complexes à cracher dans la soupe : 122 enquêtes publiées entre septembre 94 et mars 95 (il y en avait eu 69 en 1988) – chiffres cités, encore merci, par le palmipède.
2/ Partis politiques.
Le 23 avril, au soir du premier tour, les partisans battus d'Edouard Balladur ont attaqué les instituts pour avoir "détourné" et manipulé" la campagne. Les sondophobes cachent leur sondomanie, soulève "Le Canard", qui cite l'un des fournisseurs : "les trois candidats de tête se sont fait livrer, chacun, plusieurs dizaines d'enquêtes".
3/ Instituts.
Ils commentent leurs propres enquêtes, ils jouent aux scientifiques consciencieux, mais ils n'ont jamais reconnu la moindre incohérence dans leurs études. La faute aux électeurs, aux "indécis", et à ceux qui les exploitent, la presse – certes, leurs clients. Les grands instituts (BVA, CSA, Ifop, Louis-Harris et Sofres) parlent d'une seule voix : un cartel bien soudé. Certains sont mêmes filiales au sein d'un même groupe.
L'importance occultée de la marge d'erreur
La marge d'erreur, ou incertitude, dépend de la méthode statistique. Selon le procédé aléatoire – échantillon choisi au hasard –, c'est la "distribution binomiale" qui est reine. Marge = 2 x écart-type. Pour un effectif de 1500, et 20% d'intentions de vote : la marge est de +/- 2% (écart-type = 1%). Pour 50%, la marge est de +/- 2,6% (écart-type = 1,3%). Simple.
Mais la France est friande de la méthode des "quotas", censée donner une "représentativité de la population" (sexe, âge, profession, classes sociales...). Ainsi, on perd l'aspect aléatoire (le hasard n'existe que dans chaque groupe) d'une distribution binomiale. Et la marge, pour 1000 sondés (moyenne des enquêtes politiques), s'estime autour de +/- 3%. Les trois candidats se pouvaient donc pas se départager dans la plupart des enquêtes.
Malgré cela, les journaux, radio et télé ont continué de commenter leurs chiffres uniques, sans décimales. Surtout, les journaux n'ont, semble-t-il, jamais publié clairement l'incertitude du sondage... Alors que la plupart des instituts les donnent dans l'en-tête du sondage qu'ils rendent à leurs clients. Si la loi oblige la presse à indiquer l'effectif et la date de l'enquête, aucune obligation n'existe concernant la marge d'erreur. Bizarre, bizarre...
Les fausses déductions liées à la taille de l'échantillon
Les sondages politiques à diffusion médiatique, enquêtes par définition assez courtes pour être rentables, se fondent sur un échantillon d'au moins 1000 personnes. La méthode des quotas fait que la fiabilité mathématique (marge d'erreur comprise) reste à peu près la même avec un effectif plus élevé. En revanche, c'est l'interprétation détaillée des résultats qui se travestit lorsque l'on tente d'analyser chaque groupe ou sous-groupe de l'échantillon.
Par exemple, allez donc analyser les intentions de vote des cadres supérieurs du secteur public sur un effectif de 1000 : "c'est de la cuisine mathématique", insistent les chercheurs du Cevipof (Centre d'études de la vie politique française). Les sondages "sociologiques", réalisés en période post-électorale, comprennent au moins 4000 sondés. C'est plus cher : l'enquête peut prendre une bonne heure par personne, le téléphone est donc proscrit – entre 500.000 et 800.000 francs, contre environ 20.000 pour un sondage politique. Mais c'est plus précis, surtout pour une analyse poussée du corps électoral.
La cuisine des "redressements"
Chaque institut a ses petits secrets concernant les "redressements", qui leur permettent d'appréhender le caractère fluctuant de l'électorat. Chaque recette est confidentielle, sorte de secret de fabrication. Comment ça marche ? Une simple règle de trois. Par exemple, si les quotas exigent qu'il faut interroger 22% d'ouvriers et que vous n'en avez recueilli que 18%, hop, en un tour de main, vous rentrez dans vos chiffres en leur affectant une "pondération". Le problème, c'est que le chiffre d'un seul candidat peut être ainsi "pondéré" à plusieurs reprises. Ce qui tend à falsifier encore un peu plus le résultat. Même chose pour les "habitudes" de vote d'une certaine classe, que l'on corrige en fonction des votes antérieurs (cas classique dans le cas de M. Le Pen). Mais pour départager M. Chirac et M. Balladur, il n'y avait aucun antécédent. D'où ce qui a été qualifié de "plantage" du premier tour...
Le sondage a-t-il une influence sur le vote final ;?
A en croire la loi française, oui. Puisque comme en Italie, en Espagne, en Belgique et au Portugal, elle interdit de publier la semaine précédant le vote. Et pourtant, c'est justement à ce moment-là qu'un sondage est le plus intéressant (NB : Le Canard s'est fait attaquer en justice par la Commission des sondages, créée en 1977 pour "assurer l'objectivité et la qualité des études" (sic) : le journal a osé, quelques jours avant le premier tour, publier des "pronostics" des Renseignements généraux, pas plus représentatifs que le résultat final. Peine encourue : 500.000 F). Même s'il possède la même incertitude. Heureusement pour les accros, la loi ne s'applique pas à l'étranger. Le Net vient à leur rescousse: la Tribune de Genève a publié sur le Web le résultat d'une enquête du 3 mai, montrant Chirac à 53% et Jospin à 47%. La marge de +/- 3% n'était pas indiquée, il restait encore 22% d'indécis – mais le résultat final s'en approche. Comme dans toute prohibition, il y a un marché clandestin. Selon une enquête "sous le manteau", sorti le 5 mai, paraît-il, du ministère de l'Intérieur, Jospin arrivait en tête avec 50,8%... Même les flics, donc, manipulent assez mal l'incertitude mathématique des sondages.
(Ivan Trousselle)
Le Japon compte quelque 18.000 sectes officiellement autorisées. Baptisés shinto, incinérés bouddhiste et mariés, au choix, shinto ou chrétiens (à cause de la robe blanche tellement "kakoï", chic), ses habitants semblent s'accommoder sans états d'âme de cette profusion de cultes. D'ailleurs, certaines sectes comptent moins de 50 fidèles. D'autres n'ont de secte que le nom.
Dans ce dédale, on repère les sectes apparues depuis une quinzaine d'années, les "toute nouvelles sectes". Comme AUM Shinrikyo. Elles se distinguent par leur méthodes de recrutement agressives, ainsi que par leur progression très rapide. "C'est naturel, explique le psychiatre Inada NADA, qui s'intéresse aux affaires criminelles. Autrefois, les religions recrutaient principalement dans la classe pauvre. Ce n'est pas par hasard s'il y a eu un renouveau des sectes lors de l'apparition du socialisme. Le ressort de ces religions était l'angoisse. Aujourd'hui, les gens ne sont pas angoissés, ils sont d'ailleurs très peu religieux. Le moteur de la jeunesse, c'est l'ambition : être un peu supérieur aux autres. Les sectes leur promettent un confort spirituel et la supériorité des "initiés" sur les autres".
Pour nourrir une frange minoritaire de "jeunes dévorés d'ambitions", une véritable hiérarchie interne est constituée. Et, sous prétexte "d'illumination", ce sont de véritables promotions qui sont proposées dans l'organisation du groupe, chaque grade offrant un formidable ascendant sur les couches inférieures. Ainsi, les fidèles qui ne sont pas convaincus, ou ceux qui sont déçus par le dogme enseigné, garderont l'espoir d'atteindre les plus hautes fonctions dans la gestion de la secte.
Dans un premier temps, les futures recrues sont nourries de promesses d'expériences hors du commun ; sans hésitation à y inclure des éléments surnaturels (lévitation, communication avec l'au-delà ou avec les extra-terrestres), même si, très vite, ces notions disparaissent du discours du gourou. A ce sujet, de nombreuses sectes prospères ont été fondées depuis une quinzaine d'années par des diplômés de l'Université de Tokyo, la première du Japon. Ils disposent d'un discours extrêmement séducteur, parfaitement ciblé, un véritable produit de marketing qui, astucieusement, mêle bouddhisme et dernières connaissances de la psychanalyse moderne.
Autre caractéristique des sectes, leur richesse. Car, le Japon ayant embrassé la version la plus permissive du bouddhisme (mahayana ou Grand Véhicule), personne ne se soucie de ce que le bonze roule en Rolls Royce ou collectionne les Rolex en or. Cette fortune tient notamment au fait que le culte n'est pas imposable. Il bénéficie d'une exonération totale, contrairement aux associations de la loi de 1901 ou aux cultes en France, qui ne sont autorisés à faire des bénéfices d'aucune sorte.
L'extrême indulgence dont profitent les sectes tient au fait que la législation les concernant a été écrite au lendemain de la guerre, c'est-à-dire à une époque où la priorité, imposée par l'occupant américain, visait à libérer la population du joug de l'Etat, à rétablir la liberté d'expression religieuse – supprimée pendant la période militariste au profit de l'unique shintoïsme.
Depuis les révélations sur la secte AUM, le gouvernement songe fort à revoir cette liberté incontrôlable allouée aux associations religieuses. L'exonération fiscale et le fait que les autorités n'aient aucun droit de regard dès qu'il s'agit d'un groupe religieux a engendré les pires abus pendant la période de spéculation à la fin des années 80. Les associations religieuses ont servi de paravent aux entreprises les plus douteuses, y compris à la mafia, les fameux yakuzas. "La plupart des sectes, comme les grandes religions, sont devenues un jour des business" déplore M. NADA. Et des affaires très rentables quand elles disposent d'une clientèle dévouée.
Ce côté commercial attire une autre forme de piété, celle des hommes d'affaires... Les grandes sectes recrutent leurs fidèles aux meilleures universités. Puissance et argent attirent également les éléments les plus suspects, comme des yakuzas reconvertis ou cherchant seulement à se donner bonne conscience. Ainsi, le responsable des commandos secrets chargés de traquer les déserteurs de la secte AUM n'était autre qu'un ancien chef de gang de la région d'Osaka.
La secte AUM, à ses débuts, se distingue peu de ses concurrentes. Au départ, il y a dix ans, une poignée d'étudiants de yoga se regroupent autour d'un homme, presque aveugle, au pouvoir charismatique. Une secte est fondée, elle connaît très vite une progression fulgurante. Outre le pouvoir séducteur de Asahara, celui-ci prétend léviter, photos à l'appui. A mesure que les fonds affluent, la secte investit dans des entreprises diverses, de la fabrication de nouilles déshydratées aux ordinateurs de bureau. De multiples étapes ponctuent l'acquisition de la connaissance secrète qu'est censé détenir le gourou. Un système méritocratique permet de gravir les échelons de la hiérarchie interne sous prétexte d'atteindre les différentes étapes de l'illumination. Cependant, ce système d'examen rapporte beaucoup à la secte. Les cassettes audio et vidéo de formation (qu'il faut se procurer pour prétendre passer à l'échelon supérieur) sont vendues à des prix exorbitants.
Là où AUM se distingue des autres sectes, c'est que la première étape pour accéder au clergé interne est le dépouillement total de ses biens. "Rares sont les sectes qui demandent un tel sacrifice, le renoncement à toute richesse étant la négation de la société de consommation actuelle". Autre originalité, l'isolement auquel sont confinés ceux qui rejoignent le clergé, soit un peu plus d'un millier de personnes vivant en communauté. Ce repli sur soi-même est en effet très rare au Japon. Pour le psychiatre NADA, c'est là qu'il faut chercher l'explication aux pulsions meurtrières dont a fait preuve AUM, cas unique jusqu'ici au Japon. "Les méthodes de vie en dehors de la société ont attiré la méfiance, voire l'animosité de leurs voisins ; la secte était littéralement rejetée par la société qui l'entourait. Or l'isolement se trouve souvent à l'origine du délire de persécution. C'est ce qui s'est passé avec AUM". La secte prétend en effet depuis plusieurs années être victime de persécutions de la part de l'armée japonaise, ainsi que des forces américaines stationnées dans le pays.
Quelle a été l'ampleur de ce délire mené par Asahara et ses principaux lieutenants, c'est ce que l'on apprendra sans doute au fur et à mesure des révélations fournies par l'enquête. Le plus choquant, sans doute, est de réaliser qu'un simple groupe de 10.000 personnes, religieux ou non, peut avoir aujourd'hui les ambitions d'un Etat, disposer d'un arsenal militaire et former ses soldats comme s'apprêtait à le faire la secte AUM.
(Mayumi Sakata)
Le langage peut parfois être très révélateur de la mentalité du peuple qui le parle et la langue japonaise en est un excellent exemple. Le Japon est souvent décrit comme un pays hyper-hiérarchisé. Cela est à ce point vrai qu'il est indispensable de connaître parfaitement la hiérarchie avant d'ouvrir la bouche, faute de quoi l'on risque fort de faire preuve de grave impolitesse envers ses interlocuteurs. Et l'on sait combien les conventions sont importantes dans ce pays pour garder de bons rapports en société.
Dès les premiers cours de japonais, on apprend qu'il existe plusieurs niveaux de politesse dans cette langue. Un niveau neutre s'apparente au vouvoiement francais, c'est-à-dire à une politesse utilisée par défaut, lorsque les interlocuteurs n'ont pas encore pris connaissance de leur place hiérarchique respective. Généralement, cette étape ne dure guère, grâce au rituel échange de cartes de visite. A défaut, il faut pouvoir estimer l'âge et la "respectabilité" de son interlocuteur. Puis l'on adapte son niveau de politesse suivant la respectabilité de chacun.
La règle de base s'énonce ainsi : le degré de politesse adopté dépend de la différence d'âge et de position hiérarchique entre la personne à laquelle on s'adresse et soi-même. Si la position hiérarchique de votre interlocuteur est plus élevée que la vôtre, vous devez alors non seulement faire preuve de grand respect en le surélevant, mais aussi vous abaisser par rapport à lui.
Imaginons par exemple que je veuille exprimer "Mais vous venez de dire que". Le verbe "dire" est alors traduit par "ossharu" si je parle avec mon professeur, par "iu" si je parle à un ami ou à une personne plus jeune que moi. Et si je veux dire "Mais je viens de dire que", le même verbe "dire" sera traduit par "mousu" ou "iu" respectivement, selon que je m'abaisse ou non. Je peux également amplifier l'effet en utilisant des préfixes et des suffixes de politesse qui valorisent mon interlocuteur.
Jusque-là, rien de bien compliqué : il suffit, pour s'y retrouver, de connaître les équivalents. Mais les problèmes commencent lorsqu'on mélange le "dedans" et le "dehors"...
Le "dedans", c'est le groupe auquel vous appartenez, c'est-à-dire votre service, votre division, votre entreprise, votre famille, votre classe, votre école, votre ancienne école... Le "dehors", ce sont les autres, les membres des autres entreprises, etc.
Imaginons que vous êtes employé dans une entreprise A et que vous rendez visite à des clients d'une entreprise B. Vous y allez avec votre supérieur; votre homologue et son supérieur dans l'entreprise B vous reçoivent. Votre supérieur et vous-même appartenez alors au "dedans", l'entreprise B au "dehors". Vous devez utiliser un langage plus poli envers le "dehors", et rabaisser votre supérieur qui fait partie du "dedans".
Ainsi, pour "Il vient d'être dit (sous-entendu par mon supérieur) que" vous emploierez "mousu", alors qu'à l'intérieur de votre entreprise c'eût été un blasphème. Mais pas d'impair, car si vous devez dévaloriser votre supérieur devant les membres de B, vous ne devez pas pour autant lui être impoli : vous continuerez à employer "ossharu" si vous vous adressez de façon personnelle à votre supérieur. Néanmoins, vous devez montrer que vous avez pris conscience de l'infériorité de votre homologue par rapport à son supérieur, et que vous-même n'êtes que le moins que rien qui porte le sac de votre supérieur. Le nombre de lexiques employés dépend donc de celui des personnes qui participent à la conversation.
Dans la famille, c'est également l'âge qui constitue le facteur souvent décisif : le mari étant en général plus âgé que l'épouse, il domine sa femme et ses enfants, c'est logique. Mais imaginons que vous êtes l'aîné, que vous avez un petit frère et que votre épouse est plus jeune que votre belle-soeur. Votre femme, ayant épousé l'aîné, a le droit de parole sur votre belle-soeur, mais sa jeunesse lui impose un devoir de politesse. C'est exactement le cas des deux frères qui sont les sumotoris favoris des Japonais : "Taka-no-hana" et "Waka-no-hana". Le problème est encore plus délicat, dans la mesure où le cadet vient de dépasser l'aîné en devenant Yokozuna, le grade au sommet de la hiérarchie des sumotoris. Il bouleverse donc les règles familiales. Et si votre petite soeur a épousé l'aîné de votre belle-soeur...? Il faut espérer que les grands repas de familles sont rares pour éviter ce casse-tête.
Enfin, à l'école, un certain nombre de problèmes se posent lorsqu'il y a des redoublements ou des retards d'années pour une raison quelconque, car la hiérarchie règne dans ce milieu de façon analogue au bureau, par âge et par niveau. Les différences d'âge sont très rares au sein d'une même classe, du moins jusqu'au lycée, dans la mesure où l'on ne peut pas mettre les enfants à l'école primaire de façon précoce. De la même façon, les sauts de classe et les redoublements sont assez exceptionnels. Mais ils deviennent plus fréquents à l'université. La situation devient donc ambiguë si par exemple votre ami a redoublé : vous gardez l'habitude de parler de façon familière entre vous. Mais si un des camarades de classe de votre ami s'immisce dans la conversation, voilà qu'il se passe de bien drôles de choses...
La conclusion est qu'il faut savoir jongler avec les différents niveaux de politesse et surtout savoir commuter rapidement sans s'embrouiller; c'est l' une des grandes difficultés de la langue. Mais la seule quantité de guides japonais sur ce sujet suffit à montrer que les étrangers ne sont pas les seuls à peiner sur ce méli-mélo. On reproche en particulier aux jeunes de ne pas maîtriser cette complexité. Etant donnée l'inertie que ces conventions pouvaient parfois engendrer, certaines entreprises ont commencé, depuis quelques années, à instaurer une nouvelle règle pour alléger le poids de la hiérarchie dans la communication interne. Elles encouragent à appeler un supérieur par son nom et non plus son titre. Par exemple, "Bonjour monsieur le chef de service!" devient "Bonjour monsieur Sato!". Ne pas savoir adapter son language à la respectabilité de ses interlocuteurs risque néanmoins de passer encore pour longtemps pour une preuve de grave impolitesse et un manque impardonnable de savoir-vivre.
(Christophe Billiottet)
Pitcairn est une île rocheuse qui se trouve à peu près à mi-distance entre la côte du Chili et le nord de la Nouvelle-Zélande. Située un peu au sud du Tropique du Capricorne, Pitcairn fut le théâtre de l'un des drames les plus célèbres de la marine anglaise. Aperçue pour la première fois par le navigateur anglais Carteret le 2 juillet 1767, c'est une petite île au relief très accidenté, boisée, assez fertile et pourvue de nombreuses sources d'eau douce. Comme dans presque toutes les îles du Pacifique, un récif de corail en défend l'accès. Son histoire vaut d'être rappelée.
En 1787, le sloop de guerre anglais "Bounty", armé de quarante-huit hommes d'équipage et commandé par le capitaine W. Bligh, fut envoyé en mission au Pacifique Sud par le gouvernement anglais pour y recueillir des plants d'arbre à pain. Le fruit de l'arbre à pain, précieux, formait l'une des principales richesses naturelles des îles du Pacifique. A peine gros comme une noix de coco dépouillée de son enveloppe, ce fruit pouvait fournir leur nourriture aux indigènes ; par ailleurs, toutes les parties de l'arbre étaient utilisables pour leurs divers besoins. L'Angleterre avait ainsi grand intérêt à essayer d'acclimater ces arbres aux Indes Occidentales.
Le Bounty se rendit à Tahiti ; après plusieurs mois de séjour dans cette île, à cette époque encore peu connue mais déjà réputée comme un haut lieu de délices, il appareilla donc pour l'Europe avec les plants demandés. L'histoire, cependant, décrit le commandant Bligh comme un homme dur et hautain... La discipline s'était par ailleurs quelque peu relâchée durant le séjour dans l'île bienheureuse que beaucoup regrettaient, où quelques marins étaient finalement restés après avoir déserté le bord. Le second capitaine, M. Christian, insulté un jour par son commandant, se trouva en fait sollicité par une partie de l'équipage pour prendre la direction du mouvement et retourner jusqu'à Tahiti.
Le commandant Bligh fut alors fait prisonnier, embarqué de force dans une chaloupe avec vingt-sept hommes (ou était-ce dix-huit ? les sources divergent) restés fidèles, et abandonné avec quelques vivres. Il réussit néanmoins à atteindre les Indes Néerlandaises.
Une fois maître du navire, le commandant Christian le conduisit jusqu'à Tahiti. Mais, craignant sans doute d'être découvert par les croiseurs que le gouvernement anglais ne manquerait pas d'envoyer à sa poursuite dès que Bligh serait recueilli, il se décida à appareiller de nouveau. Pitcairn venait alors d'être découverte et bien peu de personnes connaissaient son existence. Christian décida donc de s'y réfugier, avec neuf hommes, parmi lesquels un matelot très fidèle et qu'il affectionnait particulièrement, un dénommé Adams. Se trouvant un peu faible en personnel pour défricher l'île, l'équipage du Bounty enleva sept hommes et onze femmes indigènes.
Le 13 juin 1790, les vingt-huit personnes débarquèrent dans l'île. Le Bounty fut incendié afin qu'aucune trace ne pût révéler la présence des révoltés. Le croiseur anglais envoyé à leur recherche ne les trouva pas, et recueillit seulement ceux qui étaient restés à Tahiti, dont plusieurs furent pendus à leur arrivée en Angleterre.
Pendant très longtemps la présence d'Européens à Pitcairn fut ignorée. Christian et ses hommes, aidés des Tahitiens et de leurs femmes, avaient défriché suffisamment de terrain pour assurer leur vie matérielle ; la chasse et la pêche leur procuraient une nourriture abondante et variée. Toutefois, la vie dans cette île tranquille devint vite orageuse. D'abord, les Tahitiens, habitués au doux farniente, n'appréciaient guère que les Européens les fissent travailler ; par la suite, les femmes voulurent retourner à Tahiti. L'entreprise échoua, leur canot ayant chaviré. Des querelles de ménage et des scènes de jalousie ne manquèrent ensuite pas d'éclater. Plusieurs meurtres s'ensuivirent ; un beau jour, quelques Tahitiennes assassinèrent leurs maris indigènes et portèrent leurs têtes coupées aux Européens survivants...
Au début du XIXe siècle, il ne restait plus dans l'île que quatre Européens et dix femmes. Bientôt, le matelot Adams resta seul avec trois femmes. Les enfants nés de ces unions plus ou moins mal assorties firent grimper la population de Pitcairn à soixante-six âmes vers 1810. En 1814, la frégate anglaise Briton vint reconnaître l'île. Adams, alors près de la soixantaine, monta à bord et raconta au Commandant l'histoire que l'on vient de lire. Ce dernier lui permit de rester dans son île et l'assura du pardon de la Couronne.
A partir de ce moment, plusieurs navires relâchèrent à Pitcairn. Un déserteur français nommé Buffet voulut même s'y installer, mais, après plusieurs mois de séjour, ayant connu des démêlés avec Adams, dut se rembarquer. Adams mourut en 1829 à l'âge de soixante-dix ans. Cependant, la population augmentait constamment dans une île large d'à peine 400 hectares. Certains jeunes gens demandèrent à retourner à Tahiti, lieu dont leurs mères leur avaient parlé. Le gouvernement anglais les y fit mener, mais bien que parfaitement reçus, ils connurent la nostalgie et finirent par revenir à Pitcairn. En 1856, une demande fut déposée auprès de la Couronne pour la cession de l'île Norfolk aux habitants de Pitcairn. Cette île leur fut accordée, mais les nouveaux colons, souvent indolents, y végétèrent. Pitcairn, alors devenue paisible, fut fréquemment visitée par des voiliers qui y embarquèrent de l'eau et des vivres. L'un des descendants des révoltés nommé Mac Coy en était le chef en 1900.
En 1921, un navire de passage laissa à Pitcairn un poste récepteur qui fut fort apprécié des insulaires. Ceux-ci apprirent rapidement le code Morse. En 1926, ils eurent un poste émetteur et un insulaire alla jusqu'en Nouvelle-Zélande pour se perfectionner en T.S.F. Quelques mois plus tard, l'un de ses compatriotes se rendit en Angleterre, où les Usines Marconi firent cadeau à la population de Pitcairn d'un magnifique poste de T.S.F.
De nos jours, les descendants des mutins vivent toujours dans l'île de Pitcairn, qui n'a guère changé en un siècle : les habitants ont simplement ajouté des moteurs à leurs embarcations, un groupe électrogène offre un peu d'électricité. Le ravitaillement passe une fois par mois, mais les navires ne relâchent plus guère dans l'île, qui par ailleurs appartient toujours à la Couronne britannique. L'administration est réalisée par le haut commissaire britannique de Nouvelle-Zélande. En 1985, il restait quelque 65 habitants sur l'île. Leur vie est paisible, car seul le temps s'arrête encore à Pitcairn...
Bibliographie :
"L'équipage révolté", Marc Soulié.
"Last of Windjammers" Volume I, Bazil Lubobock.
Epilogue sur les révoltés du Bounty (par Daniel Lellouch) :
Et si l'on rendait justice au capitaine William Bligh, qui n'était en effet peut-être pas aussi cruel que le personnage incarné par Charles Laughton dans le film de Frank Loyd ? Il réussit à mener tous ses hommes sans une seule perte, jusqu'à Timor, après un périple de 6000 km dans son canot. En route, il découvrit plusieurs îles au voisinage de l'Australie, et nota dans son livre de bord, avec un humour tout britannique teinté d'un certain désespoir : "constamment mouillé, ce n'est qu'avec les pires difficultés que je tiens mon livre de bord, et je suis conscient que ce que j'écris ne pourra guère servir qu'à retrouver ces terres..."
Voulant effacer l'échec de sa mission avec le Bounty, il repartit en 1793 à bord du Providence pour rapporter plus de mille arbres à pain. En route, il s'arrêta en Australie et fit une découverte gastronomique qui se transforma en une découverte zoologique de toute première importance : au cours d'un banquet, il se vit offrir un rôti d'un très curieux animal qu'il eut juste le temps de décrire et dessiner. Il s'agissait en fait de l'échidné, très mystérieux cousin de l'ornithorynque. Ce mammifère ovipare (= qui pond des oeufs) a le dos couvert de piquants et possède une petite trompe de quelques centimètres de longueur qui lui sert à attraper les fourmis dont il raffole. Plus étrange encore, son cerveau est étonnamment développé au regard de sa dimension et de son organisation. Ce qui tord le cou (si l'on peut dire !) au mythe selon lequel les monotrèmes (classe des mammifères qui comprend l'ornithorynque et les échidnés) seraient des animaux "primitifs". Ce sont en fait de très lointains cousins qui se sont séparés des mammifères placentaires extrêmement tôt dans l'histoire de l'évolution. Alors, différents, certainement ; primitifs, non !
(Daniel Lellouch)
Cessez un instant de regarder votre écran et baissez les yeux sur le clavier de votre terminal. Savez-vous que la disposition curieuse des lettres est un splendide exemple d'évolution technologique contraire à toute logique ?
Reprenons l'histoire de la machine à écrire à son commencement, vers l'année 1860. C. Sholes s'apprête à déposer le brevet de ce qui sera la première machine à écrire, d'un modèle très différent de celle d'aujour- d'hui : la ligne en cours de frappe se trouvait sous l'appareil et il n'y avait pas de cylindre enrouleur. L'intrépide opérateur ne pouvait donc pas contempler son oeuvre : ce n'est qu'après quelques lignes qu'il découvrait les fautes de frappe. Seulement voilà : tout comme sur les premières machines à corbeille et rouleau qui firent leur apparition à la fin du siècle dernier, un rythme de frappe trop rapide provoquait parfois un enchevêtrement des tiges, et la machine imprimait toujours la même lettre. Sholes consulta alors son frère, professeur de son état, qui lui suggéra une solution élégante : disposer les lettres de la façon la MOINS efficace possible !
Regardez votre clavier ; pensez maintenant aux machines du début du siècle nécessitant une frappe puissante : les lettres les plus fréquentes (A,E,S) correspondent aux doigts faibles de votre main gauche, alors que les lettres les plus rares se trouvent sous vos puissants index. Par une série de tâtonnements successifs, Sholes obtint l'arrangement que vous connaissez. Le tout dernier changement consista à promouvoir le R de la deuxième ligne à la première, de manière que les démonstrateurs puissent taper "TYPEWRITER" en utilisant la première rangée uniquement !
A cette époque, d'autres systèmes étaient en concurrence, notamment une astucieuse matrice de six lignes par six colonnes. La compagnie Remington, qui commercialisa la machine de Sholes, fut alors attaquée par de solides adversaires, qui lancèrent un jour un défi à une certaine Mme Longley, fondatrice du Typewriter Institute of Cincinnati et qui enseignait la frappe à dix doigts encore en vigueur aujourd'hui. Mme Longley engagea pour l'occasion un maître dactylo, F. Mc Gurrin, qui remporta le concours haut la main et du bout des doigts, mais non grâce à la supériorité du clavier Sholes : le premier, il avait eu l'idée d'apprendre par coeur la disposition des lettres afin de pouvoir lire le texte à recopier sans lever les yeux !
Remington imposa peu a peu son clavier. La dernière salve sérieuse fut tirée à la fin de la seconde guerre mondiale par la marine américaine, efficace institution s'il en est. August Dvorak, professeur à l'Université du Michigan, (aucun lien de parenté avec Anton, l'auteur de la "Symphonie du Nouveau Monde") proposa à la Navy un clavier dont la disposition des touches était bien supérieure à celle du QWERTY, car nécessitant moins de déplacements des doigts. Des études montrèrent que le coût de reconversion des dactylos serait remboursé en quinze jours de frappe ! Hélas, les pesanteurs commerciales étaient telles que le DSK (Dvorak Simplified Keyboard) fut jeté aux oubliettes.
Aujourd'hui, personne n'ose sérieusement s'attaquer au QWERTY, quoiqu'à l'ère de l'ordinateur on pourrait réaliser des merveilles d'astuce, par exemple la frappe en "coïncidence", qui exige que deux ou trois touches soient enfoncées simultanément pour définir un caractère. Cela permettrait une frappe où les doigts ne bougent pas, une touche et une seule étant attribuée à chaque doigt. Une telle méthode donnerait à coup sûr une vitesse de frappe très supérieure à celle d'aujourd'hui. Mais à l'heure de la recherche sur la reconnaissance de la parole, pourquoi chercher à être astucieux ?
Et AZERTY, dans tout ça ? Eh bien, je n'en sais rien. Un correspondant canadien me dit qu'au Québec les claviers français avec diacritiques sont du type QWERTY, mais à part ça, je n'ai pas trouvé la raison de la légère différence entre le clavier franco-français et le clavier anglo-américain.
(Catherine Dhaussy)
Le mois de mai s'est visiblement trouvé récupéré par un certain nombre de religions et de cultes, c'est du moins ce qui m'est apparu lorsque j'ai appris que, en plus d'être consacrées à Marie par les catholiques, ces quatre semaines coïncident également, entre autres, avec le cycle lunaire que les Indiens des Grandes Plaines (du moins les Dakota-Lakota-Nakota, bref les "Sioux") consacrent à fêter le renouveau.
Cette connaissance pour le moins encyclopédique nécessitait une mise à l'épreuve pratique, et c'est ainsi que je me suis retrouvée, par un glacial dimanche, de surcroît jour de fête du travail, selon mes repères français, vers très tôt le matin (6 heures), sur les bords herbeux du Mississippi, à attendre que les Indiens locaux arrivent pour célébrer le lever du soleil symbole du renouveau... et à cette heure-là, croyez-le bien, on n'y croyait pas franchement, au renouveau : il faisait froid, quelques désagréables resucées neigeuses étaient tombées pendant la semaine, et les bourgeons tardaient à éclore enfin.
Le fameux délai connu en France sous divers noms et là-bas sous celui d'"Indian time" finit par rassembler tout le monde vers 7 heures ; tout le monde, c'était le meneur de cérémonie (un Lakota en costume), quelques Amer-Indiens plus ou moins typés Scandinavo-Sioux (ça variait d'un extrême à l'autre), et cinq étudiants français. En cercle bien sûr, selon LA figure géométrique indienne, avec au milieu un feu, un chaudron (magique), bref tous les instruments nécessaires à la célébration.
Discours préliminaire, en anglais d'abord, pour expliquer à l'ensemble des participants que c'est bien d'être ainsi réunis, que nous remercions tout le monde, et au passage le gouvernement américain car il existe pire ailleurs pour les "Natives" ou les minorités (si !), que nous pensons à tous ceux qui n'ont pas cette chance, à tous ceux qui souffrent, ainsi que, en dernier lieu, les règles de base de la cérémonie.
D'abord, il faut se purifier : au tabac, que l'on garde pendant toute la célébration dans la main gauche, la plus proche du coeur, et au feu, en s'entourant de fumée aux sarments allumés qu'un participant fait passer, et qui vont finir de se consumer jusqu'au terme de la fête. Puis rendre grâce aux puissances, à Mother Earth et à toutes ces forces cosmiques qui pour nous occidentaux n'existent plus que dans les poésies et les musées, à l'harmonie du Monde aussi, sans oublier les Anciens, la paix, bref une série de douces valeurs qui, je le répète, appartiennent chez nous plus au folklore qu'à une quelconque réalité. On a même sans rechigner bu l'eau du Mississippi (en fait, on n'a jamais connu la provenance du contenu du gobelet, mais des éléments végétaux en suspension dans le chaudron nous ont fait craindre le pire), c'était froid mais sans doute symbolique d'une pureté dont il ne fallait ce jour-là pas douter.
Commence ensuite la partie franchement indienne : dommage que je n'entende pas le Lakota (NB érudit : le Dakota, le Lakota et le Nakota, c'est pareil, sauf que les D du premier deviennent respectivement L ou N), j'ai seulement reconnu les mots pour désigner le bien, l'eau, et quelques autres notions tout à fait essentielles et primordiales. Mais du moins, la "sorcellerie évocatoire" n'en fonctionnait que mieux... c'était beau, tout respirait le calme et l'équilibre, un rayon de soleil jouait à éblouir une partie du groupe, la très fraîche brise soufflait doucement autour de nous, la nature effectivement s'éveillait au jour nouveau, la tension et notre concentration avaient atteint leur comble ou pas loin, et sans aucun doute mes capacités d'émerveillement fonction- naient à plein. Quelques notes tirées d'une petite flûte aigrelette, une bénédiction lancée aux quatre points cardinaux, et si je me souviens bien l'officiant est revenu à l'anglais.
Pour finir, donc, d'interminables palabres (pour une fois que le stéréotype rejoint la réalité sans trop la déformer, autant le noter), quelques dons (en tabac), des remerciements des uns et des autres aux uns et aux autres, etc... et la dernière recommandation avant de se quitter en se shakant tous la hand : ne surtout pas jeter par terre le tabac qui nous avait été remis au début de la cérémonie et que nous avions chacun bien précieusement serré dans nos mains gauches respectives, mais en prendre le plus grand soin, au sens où, par la valeur sacrée qui lui est attachée, il ne doit pas risquer d'être foulé aux pieds par un passant quelconque ; pour cela, plusieurs solutions : le lâcher dans le fleuve (le tabac, pas le passant), l'enterrer dans un endroit peu accessible, le rapporter chez soi... Je suis allée m'accroupir au bord du Mississippi et je suppose avoir rendu à la nature ce qui lui appartient.
Si un jour vous passez par là le premier dimanche de mai, n'hésitez donc pas.
(Daniel Lellouch)
SOLUTION AUX ÉNIGMES DU DERNIER NUMÉRO :
Bravo à tous ceux qui m'ont envoyé leur solution. Personne n'a donné la solution correcte au problème du 1er janvier.
| Dimanche | Lundi | Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi | Samedi |
| 58 | 56 | 58 | 57 | 57 | 58 | 56 |
(Daniel Leduc)
Les "listserv" en quelques lignes...
Parmi les messageries spécialisées, les "listserv" (parfois appelés "listproc") permettent d'accéder par courrier électronique à une grande quantité d'information qui n'est pas toujours publiquement disponible (quoique certains "listserv" diffusent leurs archives). Il s'agit en effet d'une liste d'envoi automatisée à laquelle vous devez vous abonner en envoyant par courrier électronique un simple message, celui-ci contenant habituellement la commande suivante : subscribe <votrenom votreprenom>. Quelques secondes ou minutes plus tard, vous recevez alors, de façon automatisée, une confirmation et un message contenant les principales commandes de cette liste.
Par la suite, vous recevrez un message chaque fois qu'un abonné de la même liste d'envoi en enverra un à l'adresse de cette liste. A l'inverse, tous les abonnés recevront copie de chaque message que vous enverrez à l'adresse de cette liste.
Les "listserv" ont pour grand avantage d'être, dans la plupart des cas, spécialisés. Il y a de bonnes chances pour que vous y trouviez le type d'information que vous cherchez, et ce, à l'aide d'un simple compte de courrier électronique. Toutefois, le grand désavantage des listes de distribution automatisées, et non le moindre, est la difficulté de trouver les adresses *magiques* qui vous permettent de vous y abonner. Par chance, il existe une liste de listes. Ainsi, si vous avez accès au WWW (à l'aide du client Lynx, Macweb, Mosaic, Netscape, etc...), vous pouvez rejoindre l'adresse suivante : elle propose une liste d'adresses comportant une brève description ainsi que les procédures requises pour l'abonnement. Attention toutefois, il faut savoir modérer ses abonnements afin de ne pas voir sa boîte de courrier électronique inondée de centaines de messages quotidiens !
http://www.tile.net/tile/listserv/index.html
Et maintenant, vos suggestions !
Le mot de la fin...
Là-dessus, je vous souhaite de faire de belles découvertes sur l'Internet ! Et n'oubliez pas, chemin faisant, de me communiquer vos adresses favorites par courrier électronique à
<leducd@eERE.UMontreal.CA>
Indiquez, pour titre de votre message, "Bonne adresse !"
Daniel Leduc.
URL : http://mistral.ere.umontreal.ca/~leducd
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