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Boulot
Musique Journal |
L'Europe scientifique : une longueur d'avanceJeunes Diplômés, juin 1993 |
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Les chercheurs n'ont pas attendu Maastricht, ni même le traité de Rome pour s'atteler à bâtir une véritable puissance scientifique européenne. Un récent ouvrage, L'Europe scientifique, dresse un remarquable panorama de ces coopérations et échanges qui permettent à l'Europe de s'enorgueillir d'Ariane, d'Airbus et de bien d'autres avancées scientifiques et technologiques.La parution de L'Europe scientifique, recherche et technologie dans 20 pays, doit être saluée pour ce qu'elle représente : une tentative de mieux communiquer l'Europe à ses citoyens, à travers ce qu'elle a de plus enthousiasmant, passionnant, dynamique et, ne l'oublions pas, historique. Car les scientifiques n'ont pas attendu l'Acte unique pour coopérer : c'est chez eux un réflexe naturel et, pour la science, une nécessité. La réalisation de l'ouvrage, supervisée par la Foundation Scientific Europe, est elle-même à l'image de ce qu'est l'Europe : quelque 80 personnalités de 20 pays, dont 13 Français, ont collaboré à sa rédaction, avec le souci d'intéresser autant le spécialiste que le néophyte. Et le livre a été publié simultanément en 7 langues. Car s'il est un domaine où la fierté européenne a tout lieu d'être, c'est bien celui de la science et de la technologie. Plus de 200 physiciens, chimistes et médecins européens ont été couronnés du prix Nobel depuis sa création en 1901, sur un total d'environ 400 lauréats. Si l'on y ajoute 15 mathématiciens européens dont les travaux ont été récompensés par la médaille Fields (équivalent du prix Nobel) sur une trentaine de lauréats, on arrive à un total plus qu'honorable. « Le nombre des laboratoires scientifiques européens dépasse celui des châteaux, des palais et des galeries d'art, rappelle Eugen Seibold, président de la Fondation européenne de la science. Si l'on considère leur nombre et leurs compétences, les scientifiques et les ingénieurs de l'Europe de l'Ouest se placent en deuxième position derrière les Américains. » « La science : meilleur ciment d'unité » A lui seul, le laboratoire de biologie moléculaire de Cambridge compte 8 lauréats du prix Nobel dans ses rangs et sa réputation est telle que les étudiants et jeunes chercheurs du monde entier se pressent à ses portes. « J'ai eu une vie merveilleuse, dit l'un de ses chercheurs, Max Perutz, prix Nobel de chimie en 1962, parce que j'ai contribué à la naissance d'une science nouvelle, la biologie moléculaire. » Il n'est pas le seul scientifique européen à pouvoir se satisfaire d'une contribution décisive à la science : l'Italien Carlo Rubbia a découvert de nouvelles particules atomiques ; le Français Luc Montagnier a identifié le virus du sida ; le Suédois Bert Bolin a mis en garde contre le réchauffement de l'atmosphère par effet de serre. On ne peut tous les citer. Survolons les travaux du Centre européen de prévisions météorologiques à moyen terme, qui a réussi à établir des prévisions quotidiennes à dix jours, là où les Américains avaient échoué. Ou encore les contributions originales en tectonique des plaques et paléoclimatologie, grâce auxquelles l'Europe joue un rôle de premier plan dans l'étude de l'histoire de l'Homme et de la Terre.
Plus en aval de la science, c'est-à-dire du côté des réalisations technologiques, l'Europe a montré qu'elle était parfaitement capable de se mobiliser sur des grands projets, qui plus est rentables. On connaît bien l'exemple du lanceur Ariane, fabriqué par quelque 28 entreprises de 12 pays européens pour le compte de l'Agence spatiale européenne, qui dame insolemment le pion aux lanceurs de satellites américains. De même, l'Airbus, fabriqué par 4 pays, détient 20% du marché aéronautique mondial. Mais bien d'autres entreprises technologiques européennes, bien que moins connues, gagneraient à être citées. En 1969, la découverte d'un champ de pétrole en mer du Nord a obligé les sociétés pétrolières européennes à faire des progrès techniques décisifs pour exploiter les ressources pétrolières sous-marines. Quinze ans plus tard, on ne comptait pas moins de 200 plates-formes pétrolières et 100 autres installations de forage et d'exploration. Et pour rester en mer, que dire des nouveaux bateaux de pêche conçus par la France, l'Espagne et l'Islande dans le cadre du projet Eurêka Hélios ? Ce sont de véritables usines flottantes, dont la timonerie n'a rien à envier aux cockpits des avions : sonars, caméras, ordinateurs, dispositifs électroniques en tous genres (même les moulinets des lignes sont commandés électroniquement !). Un périple à travers un continent créatif
Ces quelques exemples extraits de L'Europe scientifique montrent bien que, comme le rappelle dans la préface Hubert Curien, ex-ministre français de la Recherche et de l'Espace, « la science est le meilleur ciment d'unité ». Le Cern (Centre européen de recherches nucléaires, l'un des fleurons de la recherche nucléaire mondiale) est d'ailleurs antérieur à la CEE et a inspiré la création d'autres institutions scientifiques européennes. Hubert Curien note aussi, non sans satisfaction, que les scientifiques ont su innover même dans le domaine de l'administration, en mettant sur pied, avec la Fondation européenne de la science, une « ONB », c'est-à-dire une « organisation non bureaucratique ». De son côté, Umberto Agnelli, président de Fiat-Auto, s'insurge contre le « syndrome de lamentation » dont souffrirait l'Europe technologique : « Esprit et Eurêka (deux programmes technologiques européens de grande envergure, NDLR) symbolisent une Europe qui, enfin, ne se repose plus sur ses lauriers, ne s'inquiète pas seulement de ses surplus agricoles. » L'ouvrage a toutefois l'honnêteté de donner la parole aux sceptiques qui, comme H.L. Beckers, coordinateur des recherches de la Royal Dutch Shell Group, à La Haye (Pays-Bas), doutent de l'efficacité miracle des programmes technologiques européens : ces programmes, « subventionnés par des fonds publics, sont mis en place (souvent à grands frais) sans l'expérience préalable du marché que possède le secteur privé. » Quelle doit être la véritable tâche des responsables du financement public de la recherche ? « N'est-ce pas de faire en sorte que nos systèmes d'éducation et nos établissements publics de R&D restent compétitifs, dispensent un enseignement de qualité, adapté aux besoins de l'industrie, et mènent des recherches de niveau international ? » Si l'on saisit le propos du vice-président de la Commission des Communautés européennes, Filippo Maria Pandolfi, l'un n'empêche pas l'autre et l'Europe est tout à fait consciente de la faiblesse numérique relative de ses troupes scientifiques et techniques par rapport à celles de ses principaux concurrents américain et japonais. Son programme-cadre de recherche et développement, l'outil de base de la cohésion et du développement scientifique et technologique de l'Europe, prévoit quelque 700 millions d'ECU (environ 5 milliards de F) pour la formation et la mobilité des jeunes chercheurs (deux tiers d'entre eux ne sont jamais allés étudier hors de leurs frontières). Au final, L'Europe scientifique offre un intelligent et remarquable « périple à travers un continent créatif ». Le lecteur approfondira, dans cette véritable encyclopédie, sa connaissance du vieux monde (sa géologie, son histoire technique, sa science, son industrie) et, peut-être, se laissera gagner par l'enthousiasme des bâtisseurs de l'Europe technologique. Surtout, le lecteur étudiant y confortera, en toute connaissance de cause, sa motivation à aller compléter sa formation dans les centres d'excellence dont regorge l'Europe, après avoir enrichi fort agréablement et utilement, au fil des 500 pages et des 1500 illustrations de l'ouvrage, sa culture scientifique et technique européenne. René-Luc Bénichou L'Europe scientifique, recherche et technologie dans 20 pays |
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