1993, Rykodisc
Peut-on concevoir le rock sans guitare ? Les adeptes des synthés répondront oui sans hésiter, mais même un Depeche Mode n'a pas su résister à l'envie de brancher une guitare électrique pour se faire plus agressif à l'occasion. Avec sa formation basse-saxophone-batterie, l'irruption de Morphine sur la scène américaine, au début des années 1990, n'est donc pas passée inaperçue. Le trio apporte une coloration très particulière au rock en substituant un saxophone baryton à la guitare, que ce soit pour les motifs ou les solos, sur une harmonie solidement et habilement campée par une basse à deux cordes jouée en glissando. Les percussions sophistiquées des batteurs (1), à mille lieues du « tchac-poum » binaire, contribuent pleinement au son particulier et réussi de Morphine. Le chant aussi, Mark Sandman compensant une voix un peu grave par un phrasé bien chaloupé incitant très fortement à balancer la tête en cadence à son écoute. Bien sûr, le style ne donne pas dans le hard rock : Morphine le définit lui-même comme étant du « low rock » évoluant aux confluences du rock, du jazz et du blues. Ce qui n'empêche nullement que, dans ce deuxième album, les chansons calmes fassent bonne place à des titres dont les emballements s'avèrent formidablement excitants (Buena, All Wrong, Thursday, Mary Won't You Call My Name?). Le destin n'a pas été d'une grande mansuétude pour le groupe : nanti d'un succès tenant plus à l'estime qu'aux ventes, il s'est arrêté en 1999 après avoir perdu Mark Sandman, terrassé en plein concert par une crise cardiaque, à 46 ans. Ses compagnons ont néanmoins perpétué jusqu'à ce jour le nom et l'esprit de Morphine sous différentes appellations.
18 octobre 2026
(1) Le batteur Jerome Deupree a dû être remplacé en cours d'enregistrement par Billy Conway.
Festival Transmusicales de Rennes (France), 3 décembre 1993.
Vidéo éditée par behind007.
1993, Rykodisc.