Starless

King Crimson / Larks' Tongues in Aspic

Pochette de l'album "Larks' Tongues in Aspic" de King Crimson

1973, EG Records

Il en va de la musique comme de l'innovation. Il y a ceux qui font dans l'innovation de rupture et leur nombre est assez proportionnel à la compréhension et au succès dont ils jouissent au moment où ils osent s'aventurer vers l'infini et au-delà. Et il y a les légions entières de ceux qui suivent, arrondissant les angles un peu trop aigus laissés par les premiers à petites touches d'innovation incrémentale. Il ne s'agit pas de porter le moindre jugement de valeur : les deux approches sont aussi respectables. C'est juste pour dire qu'avec ce cinquième album studio, la bande à Robert Fripp – au demeurant totalement renouvelée – confirme que parler de rock d'avant-garde à propos de King Crimson relève décidément du pléonasme. Encore qu'il puisse se distinguer deux nuances. La première s'entend dans l'alliance mélancolique du violon et de la guitare, qui culmine dans la superbe mélodie d'Exiles, ornementée de délicates harmonies et d'arrangements époustouflants de discrète complexité. La seconde orientation, d'une violence nettement plus radicale, déboule sans crier gare quand l'effacé Robert Fripp balance la tornade étourdissante d'accords et de riffs criards, agressifs, véritablement méchants, qui lancent la deuxième partie de Larks' Tongues in Aspic. Du rock ? Le terme est bien trop gentil et propre sur lui pour qualifier une maîtrise si vicieuse du chaos sonore et de l'arythmie à cinq temps, décuplée par la précision implacable de tous les autres musiciens. À commencer par le batteur, Bill Bruford, dont les airs d'éternel petit garçon cachent une virtuosité démoniaque. Accroché depuis toujours au grain de folie du free jazz, King Crimson ne s'était jamais totalement embourbé dans les ornières du rock progressif. Mais là, il invente autre chose, une nouvelle manière de concevoir la guitare dans le rock, une nouvelle forme de rock tout court. Pour l'anecdote, signalons que curieusement, l'un des premiers à être conquis par ces langues d'alouette en gelée fut Pierre Bachelet, qui leur a rendu un vibrant hommage en en pompant le thème pour la BO d'Emmanuelle.

1 janvier 2011

Vidéo / Larks' Tongues In Aspic, Part Two

Fréjus (France), 1982.

Chansons de l'album

  1. Larks' Tongues In Aspic, Part One
  2. Boof Of Saturday
  3. Exiles
  4. Easy Money
  5. The Talking Drum
  6. Larks' Tongues In Aspic, Part Two

Crédits

Musiciens

King Crimson est Bill Bruford (batterie), David Cross (violon, alto, Mellotron), Robert Fripp (guitare, Mellotron), Jamie Muir (percussions) et John Wetton (basse, chant).

Auteurs

Écrit et composé par David Cross, Robert Fripp, John Wetton, Bill Bruford et Jamie Muir (1 et 5), Richard Palmer-James / Robert Fripp et John Wetton (2 et 4), Richard Palmer-James / David Cross et Robert Fripp (3), Robert Fripp (6).

Production

Produit par King Crimson pour EG Records.
Réalisé par Nick Ryan aux studios Command à Londres (Royaume-Uni).

Pochette

Tantra Designs.

Parution et label

1973, EG Records.

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